Une étude des mots empruntés en turc

La langue turque est riche et diversifiée, ayant évolué au fil des siècles pour incorporer des éléments de nombreuses autres langues. Parmi ces éléments, les mots empruntés occupent une place particulière. Ces emprunts linguistiques résultent de contacts culturels, commerciaux, politiques et sociaux avec d’autres peuples et nations. Dans cet article, nous allons explorer les mots empruntés en turc, leur origine, leur intégration et leur impact sur la langue.

Historique des emprunts linguistiques en turc

Le turc, langue appartenant à la famille des langues altaïques, a subi de nombreuses influences extérieures au cours de son histoire. L’histoire de la Turquie et de ses ancêtres, les peuples turcophones, a été marquée par des migrations, des conquêtes et des échanges culturels qui ont enrichi la langue.

Influence arabe et persane

L’une des périodes les plus marquantes pour les emprunts linguistiques en turc a été l’âge d’or de l’Empire ottoman. Durant cette période, la langue turque a été fortement influencée par l’arabe et le persan. Ces deux langues étaient prédominantes dans les domaines de la religion, de la science, de l’art et de la littérature. Par conséquent, de nombreux termes arabes et persans sont entrés dans le lexique turc.

Par exemple, le mot turc « kitap » (livre) provient de l’arabe « kitāb ». De même, le mot « şehir » (ville) est d’origine persane, dérivé du mot « šahr ».

Influence française

Au XIXe siècle, sous l’influence de la modernisation et de l’occidentalisation, de nombreux mots français ont été intégrés dans la langue turque. Cette période correspond à l’ère des Tanzimat, où les réformes visèrent à moderniser l’Empire ottoman selon les modèles européens. Le français étant la langue diplomatique et culturelle de l’époque, il a laissé une empreinte significative sur le turc.

Des mots comme « büro » (bureau), « tren » (train) et « polis » (police) sont des exemples d’emprunts français en turc.

Influence italienne

L’italien a également eu une influence notable, surtout dans le domaine maritime et commercial. Le mot « banka » (banque) vient de l’italien « banca », et « fabrika » (usine) de « fabbrica ».

Influence anglaise

Avec la mondialisation et l’essor de la technologie, l’anglais est devenu une source majeure d’emprunts pour de nombreuses langues, y compris le turc. Des termes tels que « internet », « bilgisayar » (ordinateur, de « computer ») et « marketing » sont des exemples de mots empruntés à l’anglais.

Intégration et adaptation des mots empruntés

Lorsqu’un mot étranger est intégré dans une langue, il subit souvent des modifications pour s’adapter aux règles phonétiques, morphologiques et syntaxiques de la langue d’accueil. Le turc ne fait pas exception à cette règle.

Adaptation phonétique

Les mots empruntés sont souvent modifiés pour correspondre aux sons disponibles dans la langue turque. Par exemple, le mot français « garage » est devenu « garaj » en turc. De même, « restaurant » est devenu « restoran ».

Adaptation morphologique

Les emprunts doivent également s’adapter aux structures morphologiques du turc. Par exemple, le mot « telefon » (téléphone) emprunté au français prend les suffixes turcs pour former « telefoncu » (vendeur de téléphones) ou « telefonlaşmak » (se téléphoner).

Adaptation syntaxique

Les mots empruntés doivent respecter la syntaxe turque, notamment l’ordre des mots et l’utilisation des suffixes. Par exemple, le terme « online alışveriş » (achats en ligne) combine le mot anglais « online » avec le mot turc « alışveriş » (achats).

Impact des mots empruntés sur la langue turque

Les mots empruntés ont enrichi le vocabulaire turc et ont permis à la langue de s’adapter aux changements sociaux, technologiques et culturels. Cependant, ils ont également soulevé des débats sur la préservation de l’identité linguistique et culturelle.

Enrichissement lexical

Les emprunts linguistiques ont permis au turc de s’enrichir et de s’adapter à de nouveaux concepts et technologies. Par exemple, des termes techniques et scientifiques souvent empruntés à l’anglais ont permis à la langue turque de rester pertinente dans des domaines en constante évolution.

Débat sur la pureté de la langue

Cependant, l’afflux de mots étrangers a également suscité des inquiétudes concernant la pureté de la langue turque. Certains linguistes et puristes de la langue estiment que l’excès d’emprunts peut diluer l’identité linguistique du turc et promouvoir une dépendance excessive envers les langues étrangères.

Efforts de purification linguistique

Pour contrer cette tendance, des efforts ont été déployés pour purifier la langue turque et promouvoir l’utilisation de mots d’origine turque. L’Association de la langue turque (Türk Dil Kurumu) a été créée en 1932 pour standardiser et moderniser le turc, en remplaçant les mots empruntés par des équivalents turcs. Par exemple, le mot « havaalanı » (aéroport) a été créé pour remplacer le mot français « aéroport ».

Conclusion

Les mots empruntés en turc témoignent de l’histoire riche et complexe des contacts culturels et linguistiques de la Turquie. Ils montrent comment une langue peut évoluer et s’enrichir grâce aux influences extérieures tout en soulevant des questions sur l’identité et la préservation linguistique. En fin de compte, les emprunts linguistiques reflètent la dynamique et la flexibilité d’une langue vivante, capable de s’adapter aux changements tout en conservant son essence unique.