La langue turque, riche de son histoire et de sa diversité culturelle, a subi de nombreuses influences au cours des siècles. Parmi les plus significatives, on trouve celles du persan et de l’arabe. Ces deux langues ont laissé une empreinte indélébile sur le turc, que ce soit à travers le vocabulaire, la grammaire ou la syntaxe. Cet article explore en profondeur cette influence et analyse comment le persan et l’arabe ont façonné la langue turque telle que nous la connaissons aujourd’hui.
Contexte historique
Pour comprendre l’influence du persan et de l’arabe sur la langue turque, il est essentiel de revenir aux contextes historiques où ces interactions linguistiques ont eu lieu.
La période seldjoukide
L’Empire seldjoukide, qui a régné sur une grande partie de l’Asie occidentale au 11ème et 12ème siècles, a été un point de contact crucial entre les cultures turque et perse. Les Seldjoukides, d’origine turque, ont adopté de nombreux aspects de la culture perse, y compris la langue. Le persan est devenu la langue de la cour et de la littérature, influençant profondément le turc seldjoukide.
L’Empire ottoman
L’influence de l’arabe et du persan a continué de croître sous l’Empire ottoman (1299-1922). Le turc ottoman, utilisé dans l’administration, la littérature et la science, était un mélange complexe de turc, de persan et d’arabe. L’arabe, en particulier, a introduit de nombreux termes religieux, scientifiques et administratifs, tandis que le persan a enrichi le vocabulaire littéraire et poétique.
Influence lexicale
Le vocabulaire persan
Le persan a apporté une richesse lexicale considérable au turc. De nombreux termes liés à la culture, à l’art, à la littérature et à la vie quotidienne ont été empruntés au persan. Par exemple :
– **Aşk** (amour) : Ce mot, utilisé pour désigner un amour profond et passionné, trouve ses racines dans le persan.
– **Bahar** (printemps) : Un terme poétique pour décrire la saison du renouveau.
– **Pencere** (fenêtre) : Un élément architectural commun, ce mot est directement emprunté au persan.
Le vocabulaire arabe
L’arabe, en raison de son importance religieuse et culturelle, a également laissé une marque profonde sur le turc. De nombreux termes religieux, scientifiques et administratifs proviennent de l’arabe. Par exemple :
– **Namaz** (prière) : Un terme central dans la pratique religieuse islamique.
– **Kitap** (livre) : Un mot omniprésent dans les contextes éducatifs et littéraires.
– **Hükümet** (gouvernement) : Un terme administratif essentiel.
Influence grammaticale et syntaxique
La syntaxe persane
Bien que l’influence lexicale soit la plus évidente, le persan a également eu un impact sur la syntaxe turque. Par exemple, l’utilisation de constructions nominales et d’expressions poétiques dans la langue turque peut être attribuée à l’influence persane. Les poètes turcs, en particulier, ont souvent imité les structures syntaxiques persanes dans leurs œuvres.
La grammaire arabe
L’influence de l’arabe sur la grammaire turque est également notable, surtout dans le domaine de la morphologie. Par exemple, l’utilisation de certains modèles de pluriels et de formes verbales en turc ottoman montre une influence arabe. De plus, l’intégration de termes arabes dans la langue turque a souvent entraîné l’adoption de leurs formes grammaticales spécifiques.
Évolution et purification de la langue
La réforme linguistique de 1928
Avec la création de la République de Turquie en 1923, une réforme linguistique majeure a été entreprise en 1928 sous la direction de Mustafa Kemal Atatürk. L’objectif principal était de moderniser et de simplifier la langue turque en éliminant les influences persanes et arabes jugées archaïques. Cette réforme a conduit à la création de l’alphabet latin turc et à l’introduction de nombreux néologismes d’origine turque pour remplacer les emprunts persans et arabes.
Les défis de la purification linguistique
Malgré ces efforts, de nombreux termes persans et arabes ont persisté dans la langue turque moderne, en particulier dans les domaines religieux et littéraires. La purification linguistique a également suscité des débats parmi les linguistes et les intellectuels turcs, certains argumentant que les emprunts font partie intégrante de l’identité linguistique et culturelle du pays.
Perspectives contemporaines
L’influence continue
Aujourd’hui, l’influence du persan et de l’arabe demeure visible dans la langue turque contemporaine. Les Turcs utilisent encore de nombreux mots d’origine persane et arabe dans leur vie quotidienne, même si la majorité des jeunes générations est plus familière avec les néologismes turcs introduits après la réforme linguistique.
Le rôle de la mondialisation
Avec la mondialisation, la langue turque continue de s’enrichir d’emprunts non seulement du persan et de l’arabe, mais aussi de l’anglais et d’autres langues. Cette dynamique linguistique montre que la langue turque est en perpétuelle évolution, intégrant de nouvelles influences tout en préservant ses racines historiques.
Conclusion
L’influence du persan et de l’arabe sur la langue turque est un témoignage de l’histoire complexe et riche de la région. Ces deux langues ont non seulement enrichi le vocabulaire turc, mais ont également laissé une empreinte durable sur sa grammaire et sa syntaxe. Malgré les efforts de purification linguistique, l’héritage persan et arabe reste ancré dans la langue turque moderne, soulignant l’interconnexion profonde entre les cultures de cette région du monde. La langue turque, avec ses multiples couches d’influences, continue de se développer et de s’adapter, reflétant ainsi l’évolution continue de la société turque.